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Société

Cérémonies au Mali : vient-on encore par solidarité ou seulement pour manger

Publié le 24/09/2026 • Par La Rédaction

Au Mali, mariages, baptêmes et funérailles sont des moments de rassemblement. Mais ces cérémonies coûtent de plus en plus cher aux familles. Et une partie des invités semble venir moins pour soutenir que pour manger, avant de repartir aussitôt le repas terminé. Une dérive qui vide ces événements de leur sens.

Il fut un temps où une cérémonie était l’affaire de toute une communauté. Pour un mariage, chacun apportait sa contribution. Pour un baptême, les voisins venaient prêter main-forte. Pour un décès, on entourait la famille éprouvée, on la soulageait, on partageait sa peine. La présence valait plus que le repas.

Aujourd’hui, le tableau a changé. Dans bien des familles, organiser une cérémonie est devenu une épreuve financière. Et dans les cours, on voit se multiplier un type d’invité bien particulier : celui qui arrive à l’heure du repas, mange, et disparaît.

Des cérémonies devenues des vitrines

La première dérive tient à l’ampleur des dépenses. Location de bâches et de chaises, sonorisation, griots, tissus assortis pour les proches, repas pour des centaines de personnes, boissons, cadeaux : la liste s’allonge d’année en année.

Une part de cette surenchère relève du regard des autres. On veut faire aussi bien que le voisin, voire mieux. On craint le qu’en-dira-t-on. Une cérémonie jugée trop modeste peut être vécue comme une honte. Alors on s’endette, on vend un bien, on sollicite des proches déjà eux-mêmes en difficulté. Et une fois la fête terminée, il faut rembourser.

La question se pose avec encore plus d’acuité lors des décès. Une famille qui vient de perdre un être cher se retrouve parfois contrainte de nourrir des dizaines, voire des centaines de visiteurs pendant plusieurs jours. Le deuil se double alors d’une charge matérielle qui n’a plus grand-chose à voir avec la compassion.

« Manger et partir »

La seconde dérive concerne les invités eux-mêmes. Chacun a pu l’observer : à certaines cérémonies, l’affluence atteint son pic au moment du service. Les plats circulent, les assiettes se vident. Puis la cour se vide à son tour.

Ces invités ne participent ni à l’organisation, ni aux rites, ni au soutien de la famille. Ils ne contribuent pas toujours aux cotisations. Ils ne restent pas pour aider à ranger. La cérémonie devient pour eux un repas gratuit, un rendez-vous parmi d’autres dans un week-end chargé.

Il ne s’agit pas de faire le procès de tous. Beaucoup de personnes viennent sincèrement, contribuent, restent et aident. D’autres ont des contraintes réelles qui les obligent à écourter leur présence. Mais le phénomène est assez répandu pour interroger ce que nous avons fait de la solidarité.

Une solidarité inversée

Le paradoxe est cruel. À l’origine, la cérémonie était l’occasion pour la communauté de soutenir une famille. Aujourd’hui, c’est souvent la famille qui supporte la communauté.

Celui qui marie son enfant, baptise son nouveau-né ou enterre un parent devrait recevoir de l’aide. Il se retrouve pourtant à nourrir ceux qui étaient censés l’aider. La solidarité a changé de sens : elle ne descend plus vers celui qui est dans le besoin, elle remonte vers ceux qui viennent consommer.

Revenir à l’essentiel

Personne ne demande de renoncer aux cérémonies. Elles font partie de notre identité. Elles rassemblent, réconcilient, transmettent. Mais elles doivent redevenir ce qu’elles étaient : des moments de partage, pas des concours d’ostentation.

Cela suppose un effort de tous côtés.

Les familles organisatrices peuvent oser la sobriété. Une cérémonie réussie n’est pas celle qui a coûté le plus cher, mais celle où l’on s’est senti entouré. Réduire le nombre de jours de festivités, limiter les dépenses de prestige, refuser l’endettement : ce sont des choix de bon sens, pas des aveux de pauvreté.

Les invités, eux, peuvent retrouver le sens de leur présence. Venir, c’est apporter quelque chose : une contribution, un coup de main, du temps, une parole de réconfort. Rester un peu après le repas n’est pas une corvée. C’est une marque de respect.

Enfin, les leaders communautaires, religieux et coutumiers ont un rôle à jouer. Leur parole est écoutée. Lorsqu’ils appellent à la modération et donnent eux-mêmes l’exemple, les mentalités peuvent évoluer.

Une cérémonie ne se juge pas à la hauteur des marmites, mais à la chaleur de ceux qui entourent la famille. Si nous venons seulement pour manger, nous ne sommes plus des invités. Nous sommes des convives de passage. Et la solidarité, elle, reste à la porte.

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