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Envoyer ses enfants en vacances chez un parent aisé : solidarité ou calcul ?

Publié le 24/09/2026 • Par La Rédaction

Pendant les grandes vacances, de nombreux enfants maliens travaillent, font du petit commerce ou partent chez des proches plus aisés. Objectif : aider leurs parents à faire face aux frais de la rentrée. Une solidarité compréhensible, mais qui ne doit pas faire oublier que les vacances appartiennent d’abord aux enfants.

Les vacances scolaires devraient être un temps de repos. Après une année de cours, les enfants ont besoin de souffler, de jouer, de découvrir autre chose que leur salle de classe. Pourtant, pour beaucoup de familles maliennes, ces mois de pause sont aussi des mois de préparation, voire d’angoisse.

Car la rentrée approche. Et avec elle, une liste de dépenses que beaucoup de ménages redoutent : frais d’inscription, sacs, cahiers, stylos, uniformes, habits neufs. Pour y faire face, les familles s’organisent comme elles peuvent.

Apprendre un métier, vendre au marché

Certains parents placent leurs enfants auprès d’un artisan : un menuisier, un tailleur, un mécanicien. D’autres les envoient vendre de l’eau, des arachides ou des beignets dans la rue. L’argent gagné servira à acheter les fournitures scolaires.

Il ne faut pas caricaturer ces choix. Apprendre un savoir-faire, découvrir la valeur du travail, contribuer à l’effort familial : tout cela peut avoir une dimension éducative. Beaucoup d’adultes aujourd’hui reconnaissent avoir appris pendant leurs vacances des choses que l’école ne leur a pas enseignées.

Mais la frontière est mince entre l’apprentissage et l’exploitation. Un enfant qui passe ses journées au soleil, dans la circulation, exposé à tous les dangers de la rue, n’est pas en vacances. Il est au travail. Et il reprendra l’école fatigué.

Le « vacancier » envoyé chez un parent aisé

Une autre pratique mérite qu’on s’y arrête. Des parents envoient leurs enfants passer les vacances chez un oncle, une tante ou un cousin mieux loti. L’espoir, rarement exprimé à voix haute, est que l’enfant revienne avec quelque chose : des habits, des fournitures, un peu d’argent.

Sur le papier, c’est une forme de solidarité familiale, l’une de nos valeurs les plus précieuses. Dans les faits, elle peut produire des situations délicates.

Pour l’enfant d’abord. Il sait, ou devine, qu’on attend de lui qu’il « rapporte ». Il peut se retrouver à rendre de nombreux services dans la maison d’accueil pour mériter ce qu’il recevra. Les filles, en particulier, risquent d’être cantonnées aux tâches domestiques. Le séjour devient alors moins une découverte qu’une mission.

Pour la famille d’accueil ensuite. Elle se retrouve chargée de nourrir, loger et équiper des enfants supplémentaires, souvent sans avoir été vraiment consultée. La générosité, lorsqu’elle devient une obligation tacite, finit par s’épuiser.

Remettre l’enfant au centre

Il ne s’agit pas de condamner des parents qui, souvent, font face à de réelles difficultés. La précarité n’est pas un choix. Mais on peut attendre de chacun qu’il pose une question simple : ces vacances servent-elles d’abord l’enfant, ou d’abord le budget familial ?

Envoyer un enfant chez un proche peut être une belle expérience, à condition que ce soit pour lui faire découvrir une autre ville, renforcer les liens familiaux, lui offrir un changement d’air. Pas pour en faire un messager de la demande d’aide.

Faire travailler un enfant peut être formateur, à condition que l’activité soit adaptée à son âge, encadrée, et qu’elle lui laisse le temps de se reposer.

Enfin, la question dépasse les familles. Si tant de parents en sont réduits à mobiliser leurs enfants pour financer la rentrée, c’est que le coût de la scolarité reste lourd pour de nombreux ménages. C’est un débat que les pouvoirs publics, les écoles et les associations de parents d’élèves ne peuvent pas éluder.

Les enfants ne doivent pas porter seuls le poids de la rentrée. Leurs vacances leur appartiennent.

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