Excision au Mali : une campagne relance un débat national sans loi claire
Une campagne intitulée « Oui à l’excision » circule depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux maliens, ravivant un débat déjà vif sur les mutilations génitales féminines (MGF). Les visuels, reprenant des slogans comme « Protégeons les filles » et associés à des personnalités religieuses, défendent le maintien de la pratique au nom de la tradition et de l’éducation communautaire. Leur diffusion a suscité une vague de réactions, tant au Mali qu’à l’international.
Un vide juridique au cœur du débat
Le Mali ne dispose à ce jour d’aucune loi nationale interdisant explicitement l’excision. Le Code pénal entré en vigueur en 2024 sanctionne les agressions sexuelles et les violences faites aux femmes, sans mentionner spécifiquement les MGF. Le pays a pourtant ratifié le Protocole de Maputo, dont l’article 5 exige l’interdiction de cette pratique, une contradiction régulièrement pointée par les organisations de défense des droits des femmes.
Face à la controverse, la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) a publié, le 26 août, un communiqué s’appuyant sur la Constitution du 22 juillet 2023 et plusieurs textes internationaux. Elle y qualifie les MGF de pratique traditionnelle portant atteinte à l’intégrité physique et à la dignité de la femme et de la jeune fille, et appelle les autorités à adopter une loi spécifique sur le sujet, tout en invitant à renforcer la sensibilisation.
Deux visions qui s’affrontent
Les partisans du maintien de la pratique invoquent la tradition, l’identité culturelle et, pour certains, une lecture religieuse dénonçant ce qu’ils perçoivent comme une pression extérieure sur les pratiques locales.
De l’autre côté, les organisations de santé et de défense des droits humains, dont l’UNICEF et l’UNFPA, rappellent que l’excision est classée par l’Organisation mondiale de la santé comme une pratique néfaste, associée à des risques sanitaires graves et durables pour les filles et les femmes qui la subissent, majoritairement mineures au moment des faits.
Une enquête suspendue
Signe de la sensibilité du sujet, le Comité national d’éthique pour la santé (CNESS) a ordonné, le 26 août également, l’arrêt immédiat d’une étude de terrain sur les opinions relatives à l’excision à Bamako, invoquant le climat social actuel autour de la question.
Le débat, loin d’être clos, place le Mali face à un choix : légiférer clairement sur une pratique que la CNDH elle-même qualifie de traditionnelle néfaste, ou laisser perdurer un flou juridique dénoncé depuis des années par la société civile.
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Sources : CNDH Mali, Jeune Afrique, Bamada.net, Mali24 (août 2026)